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"J'ai besoin, pour répondre à ma vocation, d'être souverainement expansive, aimante et même joyeuse... La joie, c'est l'heureuse et secrète lumière qui part du dedans." (Mère Marie Eugénie)

Donner du sens à sa vie, son être, son action dans le monde. Les premières réflexions de la fondatrice de l’Assomption étaient déjà empreintes de ce désir d’absolu. Sa pensée, d’une grande maturité dans ses jeunes années, la poussait à la recherche de la vérité, de connaissance du monde qui l’entourait.

Née le 26 août à Metz, d’une famille fort aisée et de noble lignée, son âme élevée l’a naturellement détournée des préoccupations mondaines ou de la tentation de river son attention sur sa personne. Une solide éducation lui ouvrit la voie vers la maîtrise de soi, l’intérêt et le service pour autrui, le courage. Une certaine austérité également.

Ces valeurs, cette invitation à cultiver les vertus humaines, seront le socle de la pensée de Marie Eugénie, de l’éducation qu’elle souhaite transmettre aux jeunes filles dont elle aura la responsabilité. Son tempérament curieux et ouvert, sa brillante intelligence, la pousseront à s’adapter au mieux à son environnement, à fonder et préserver avec persévérance et énergie cette congrégation à laquelle elle donnera tout son être.

Comment tout cela a-t-il commencé ? Comment sa vie intérieure a-t-elle été nourrie pour produire de si beaux fruits ? La stabilité des premières années de son existence fut rapidement ébranlée par la souffrance et la perte. Le décès d’un frère et une sœur, la séparation de ses parents, qui entraîna celle d’avec son frère Louis, duquel elle était si proche, restant vivre avec son père tandis qu’elle partait à Paris avec sa mère. Elle avait 15 ans lorsqu’elle la vit mourir du choléra.

Ces blessures profondes vont nourrir sa recherche de chaleur dans un monde qui lui prenait coup sur coup ce qui lui était cher, qui séparait ce qui avait été uni. Une aube spirituelle était née en elle lors de sa première communion, une expérience mystique dont la force refera jour à l’écoute d’un prêche à la foi ardente du père Lacordaire, à Notre-Dame de Paris lorsqu’elle avait 18 ans.

Elle qui avait grandi dans un milieu non pratiquant, qui après la mort de sa mère avait successivement vécu chez des personnes de sa famille au train de vie mondain ou à la religiosité aride et éloignée de ce qu’elle pouvait éprouver en son for intérieur, trouvait enfin résonance avec cette lumière que rien autour d’elle n’avait su nourrir. L’intelligence humaine lui semblait passer à côté de l’essentiel. Elle sut ce jour-là que la réponse était dans ce feu intérieur. Le sens de sa vie. L’intelligence humaine devait reposer en ces terres de foi et d’amour pour trouver la paix et la force de cheminer malgré les aléas de l’existence et les errances de l’âme.

Lorsqu’elle rencontra enfin le père Combalot à l’église Saint-Eustache, celui-ci reconnut en elle celle qui devait porter le projet de fondation d’un ordre religieux orienté vers l’éducation des jeunes filles afin de redonner une profondeur spirituelle à une société tentée par la suffisance des idées et plaçant l’homme au centre du monde. L’ère industrielle prenait ses racines dans une vision déshumanisée, dépourvue de la chaleur que le raisonnement seul ne pouvait apporter. L’homme ne devait pas oublier Dieu en servant ses propres besoins, l’homme ne devait pas se perdre. Imprégner les futures mères des valeurs spirituelles et d’amour était un garde-fou indispensable pour la bonne marche de l’histoire.

Inutile de dire qu’une telle mission effraya la jeune fille d’alors 21 ans. Tout cela parlait à son cœur, ses aspirations depuis toujours. Mais la tâche semblait si lourde, hors de ses forces. Elle refusa. Puis céda lorsque le père Combalot lui fit comprendre que ceci revenait à se mettre au service de l’œuvre de Dieu, portée par l’amour du Christ. Elle n’était pas au centre du projet, elle était servante de Sa volonté, de Sa force. Cette prise de conscience lui permit d’écarter la peur de l’inconnu et d’avancer en se sentant accompagnée vers ce vers quoi son cœur l'appelait.

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